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Le Haïku
Une forme poétique japonaise
lundi 10 août 2026, par
Note liminaire
Définition
Encore appelé haïkaï (d’après le haïkaï no renga ou haïkaï-renga, forme antérieure plus triviale développée par Sōkan au xvie siècle) ou hokku - son nom d’origine, le haïku comporte traditionnellement 17 mores, verset - en trois segments 5-7-5, et est calligraphié traditionnellement sur une seule ligne verticale, au Japon, ou sur trois lignes, dans son adaptation francophone depuis 1905. Cependant, il existe des voix critiques concernant la distribution ou la distribution de celles-ci, comme Vicente Haya ou Jaime Lorente . Les Haikai (dont un homonyme signifie « amusement ») étaient appelés au départ haikai-renga : rengas drôles, légers, parfois frivoles et grivois — un genre plutôt mineur à l’origine. Hokku (発句) désigne initialement le premier (le kanji 発 renvoie au départ, au commencement) vers (句-ku) de 5 mores d’un tanka, puis ultérieurement le premier vers de 5/7/5 mores d’un renga. En 1891, Masaoka Shiki forge le mot haïku qui est la contraction des deux mots cités précédemment.
Le terme a été créé par le poète Masaoka Shiki (1867-1902). C’est une forme poétique très codifiée d’origine japonaise et dont la paternité, dans son esprit actuel, est attribuée au poète Bashō Matsuo (1644-1694)
Origine
Un haïku doit donner une notion de saison (le kigo) et doit comporter une césure (le kireji). Si le haïku n’indique ni saison, ni moment particulier, on l’appellera un muki (無季) ou encore haïku libre, tels les poèmes de Taneda Santôka (1882-1940) ou ceux de Ozaki Hôsai (1885-1926).
Les haïkus ne sont connus en Occident que depuis le tout début du xxe siècle. Les écrivains occidentaux ont alors tenté de s’inspirer de cette forme de poésie brève. La plupart du temps, ils ont choisi de transposer le haïku japonais, qui s’écrivait sur une seule colonne sous la forme d’un tercet de 3 vers de 5, 7 et 5 syllabes pour les haïkus occidentaux. Quand on compose un haïku en français, on remplace en général les mores par des syllabes ; cependant, une syllabe française peut contenir jusqu’à trois mores, ce qui engendre des poèmes irréguliers.
La personne écrivant des haïkus est appelée haijin (俳人 ?), ou parfois également « haïdjin » ou « haïkiste ».
Contrairement à la langue française, le japonais du xviie siècle diffère beaucoup de la langue japonaise actuelle, tant dans sa grammaire et son vocabulaire que dans l’écriture. Il équivaut donc, pour un lecteur français, à l’ancien français, avec la difficulté supplémentaire qui est l’évolution de l’écriture elle-même.
À titre d’exemple, voici l’un des plus célèbres haïkus japonais, écrit par le premier des quatre maîtres classiques, Bashō :
Une grenouille qui plonge,
Le bruit de l’eau. »
L’original japonais est :
« 古池や (furu ike ya, fu/ru/i/ke ya : 5)
蛙飛込む (kawazu tobikomu, ka/wa/zu to/bi/ko/mu : 7)
水の音 (mizu no oto, mi/zu no o/to : 5) »
Soit 17 mores (5-7-5).
Rien dans le texte ne vient indiquer que la/les/des grenouille(s) tombent/sont tombées/tomberont dans un/le/des vieil/vieux étang(s). Dans la langue japonaise commune « grenouille » se dit « kaeru ».
La traductrice Corinne Atlan en a même proposé une version différente en s’attachant plus à un effet visuel, « l’eau se brise ».
Sens
Les maîtres du haïku classique vivaient de la correction des haïkus de leurs élèves, c’est dire si le haïku répond à des règles de composition rigoureuses et particulièrement ardues. La langue utilisée dans le haïku classique diffère de la langue parlée ou écrite à la même époque, et c’est une des principales difficultés de sa composition. La conséquence directe est qu’il peut être difficilement compréhensible au commun des mortels, outre qu’il est rempli de références explicites ou implicites à la culture des lettrés et du bouddhisme. La littérature classique japonaise est une langue qui privilégie l’allusion et l’implicite. Le haïku s’est démocratisé aujourd’hui, on en trouve des formes simplifiées jusque dans les quotidiens à grand tirage. C’est un jeu pour tous les âges, où l’on ne cherche pas nécessairement à être corrigé par un maître.
Style
L’une des principales difficultés pour les haïkistes francophones est de retrouver une notion de flou qui est plus appropriée à la langue japonaise, celle-ci étant davantage contextuelle que le français, et utilisant moins d’articles et de formes de conjugaison. Des débats ont également lieu pour tenter de donner des pistes sur la ponctuation. Des tirets, des espaces ou signes d’ondulation paraissent le mieux s’approcher de la façon d’écrire très sobre des Japonais.
Règle du kigo
Division approximative des saisons selon l’ancien calendrier lunaire :
printemps : 4 février - 5 mai
été : 6 mai - 7 août
automne : 8 août - 6 novembre
hiver : 7 novembre - 3 février
Transgressions
Cependant, il n’est pas rare de trouver, même chez les classiques, des haïkus qui transgressent les règles. Mais de l’ensemble doit se dégager ce que certains appellent un « esprit haïku » – indéfinissable en tant que tel. Il procède du vécu, du ressenti, de choses impalpables. Généralement, la structure court-long-court est conservée. Cela dit, la structure 5-7-5 est encore la plus courante.
Les haïkus avec quelques mores de plus ou de moins sont parfois tolérés, sous la forme hachō (rythme brisé), et des termes techniques les désignent : un haïku de plus de 17 mores est dit ji-amari (« lettres en trop »), et un de moins de 17 mores est dit ji-tarazu (« lettres en moins ») ; cependant, ils ne sont considérés comme de bons haïkus que si la brisure semble inévitable pour obtenir l’effet produit. Les haïkus de type 5-5-7 ou 7-5-5 (voire 5-12 ou 12-5 quand un mot enjambe une division) sont plus fréquents. (L’œuvre du troisième maître classique, Issa, présente de nombreux exemples de chacune de ces transgressions.)
Il existe de multiples écoles de haïku, de multiples tendances. Le haïku zen, le haïku urbain, le haïku engagé... Chacune pouvant ou non respecter les règles de base.
Le senryū est une forme de poésie similaire mais qui met l’accent sur l’humour au lieu de la nature, et où l’auteur se met plus facilement en avant. Il est généralement plus léger que le haïku. Le kigo n’est pas nécessaire pour écrire un senryū.
Maîtres japonais de haïku
Antécédents (haïkaï-renga)
Sōkan Yamazaki (1465-1553) dit Sōkan
Arakida Moritake (荒木田 守武, Arakida Moritake, 1473-1549) dit Moritake
Période d’Edo (1600-1868)
Bashō Matsuo (1644-1694) dit Bashō
Chiyo-ni (1703-1775) dite la nonne Chiyo
Buson Yosa (1716-1783) dit Buson
Issa Kobayashi (1763-1828) dit Issa
Ryōkan Taigu (1758-1831) dit Ryōkan
Ere Meiji (1868-1912)
Shiki Masaoka (1867-1902) dit Shiki
Sōseki Natsume (1867-1916) dit Sōseki
Sokotsu Samukawa (1875 - 1954)
Yosano Akiko (1878 - 1942)
Ère Taishō (1912-1926)
Ère Shōwa (1926-1989)
Kenshin Sumitaku (1961-1987) dit Kenshin
Kyoshi Takahama (1874-1959) dit Kyoshi
Moderne
Ippekirō Nakatsuka (1887-1946)
Sekitei Hara (1886-1951)
Hisajo Sugita (1890-1946)
Sujū Takano (1893-1976)
Kakio Tomizawa (1902-1962)
Kōi Nagata (1900-1997)
Hōsai Ozaki (尾崎 放哉, Ozaki Hōsai, 1885-1926) dit Hōsai
Taneda Santōka (1882-1940) dit Santōka
Shūson Katō (1905-1993)
Tōta Kaneko (1919-2018)
Ban’ya Natsuishi (夏石 番矢, Natsuishi Ban’ya, né en 1955)
Bibliographie
– Georges Schehadé, Anthologie du vers unique, Paris, Ramsay, 1977
– Vicente Haya, Aware, Barcelona, Kairós, 2013.
– Jaime Lorente, Shasei.Introducción al haiku, Toledo, Lastura y Juglar, Colección "Punto de Mira", 2001
– Roger Munier, Haïku (préf. de Yves Bonnefoy), Paris, Fayard, 1978 (rééd. Haïkus, Seuil, 2006)
– Maurice Coyaud, Fourmis sans ombre : Le Livre du haiku : Anthologie-promenade, Paris, Phébus, 1978
– Maurice Coyaud, Fêtes au Japon : Haiku, Paris, PAF, 1978
– Yves Leclair, « Approches du haïku » (I), in L’École des lettres no 14, éd. L’École des loisirs, juin 1987.
– Yves Leclair, « Approches du haïku » (II), in L’École des lettres no 15, éd. L’École des loisirs, juin 1987.
– Yves Leclair, Manuel de contemplation en montagne, éd. de La Table Ronde, 2005.
– Maurice Coyaud, Tanka Haiku Renga, Le Triangle magique, Les Belles Lettres, 1996
– Frank Deroche, La queue du faisan frôle les pivoines, (roman composé à partir de haïku), Paris, Le Dilettante, 2003
– Philippe Forest, Sarinagara, roman, 2003
– Alain Kervern, Malgré le givre, Éd. Folle Avoine, 1987
– Alain Kervern, Le Réveil de la loutre, Éd. Folle Avoine, 1990
– René Sieffert, Bashô - Le Sac à charbon, POF, 1993
– Etiemble, Du Haïku, Kwok On, 1995
– Éditions Moundarren : Bashô, Buson, Ryokan, Issa, Shiki, etc. (version bilingue japonais - français)
– Éditions Verdier : Bashô, Buson, Ryokan, Issa, Shiki (version bilingue + transcription du japonais)
– Roland Barthes, L’Empire des signes (parle du haïku japonais et donne une description de la perception occidentale des haïkus)
– Vincent Brochard et Pascale Senk, L’Art du haïku, pour une philosophie de l’instant, collection l’esprit d’ouverture chez Belfond.
– Philippe Costa, Petit manuel pour écrire des haïku, Éd. Philippe Picquier, 2010
– Georges Friedenkraft, Style et esprit des haïkou en français, Bulletin des Anciens Élèves de l’INALCO, avril 2002, p. 113-120.
– Jean Antonini (sous la direction de), Anthologie du haïku en France, Éditions Aléas, France, 2003
– Valentin Nicolitov (sous la direction de), Apus de soare / Coucher de Soleil, anthologie franco-roumaine de haïku, Édition de la Société roumaine de Haïku, Bucarest, 2010.
– Mayuzumi Madoka, "Haikus du Temps Présent", Présentation, choix et traduction de - Corinne Atlan, Éditions Philippe Picquier, 2012
– Barry Gifford et Lawrence Lee (trad. de l’anglais par Brice Matthieussent), Les Vies parallèles de Jack Kerouac [« Jack’s Book : An Oral Biography of Jack Kerouac »], Éditions Rivages, coll. « Bibliothèque étrangère » (no 81), 1993 (1re éd. 1978), 470 p.
(en) Charles S. Prebish, The A to Z of Buddhism, New Delhi, Vision Books, 2003, 280 p., p. 128
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