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Jean Premier dit "Le posthume"

L’imposteur dupé !

dimanche 23 décembre 2018, par Marc Weikmans

Cet article est le fruit du travail de recherche de mon père
José Lambert Weikmans

Introduction

Le 4 juin 1316, le roi de France Louis le Dixième décédait soudainement d’un refroidissement contracté après une partie de paume trop ardemment disputée. Six mois plus tard, dans la nuit du 13 au 14 novembre, son épouse, Clémence de Hongrie, donnait le jour à un garçon qui fut appelé Jean Premier, ‘’Le Posthume’’. Héritier du trône, le bébé ne vécut malheureusement que cinq jours, cédant ainsi la couronne à son oncle Philippe. Sceau de Louis X, dit le Hutin Dans un cas comme dans l’autre, il s’agissait d’un décès de grande banalité, surtout au vu de la mortalité infantile de cette époque. Elles ne suscitèrent donc guère autre chose que des messes et de prières ferventes pour le repos de l’âme des défunts. Or voilà que, quarante ans plus tard, en 1356, à Sienne, un moine dominicain, Fra Bartolomeo Mino, raconte à tout qui veut l’entendre, qu’un de ses pénitents, le marchand Giannino Baglioni est en réalité, ce Jean le Posthume que l’on croyait mort au berceau – si tant est que l’on s’en souvienne ! Comment croire pareille extravagance ?


Écoutons le moine Fra Bartolomeo Dio nous expliquer la chose.

Au début du siècle, la cour de France était déchirée par une âpre querelle liée au comté d’Artois que la comtesse Mahaut s’était fait après que son père Robert II d’Artois se fut fait tuer à Courtai en 1302 [1] ; ce faisant, elle spoliait l’héritier légitime, Robert III d’Artois, son neveu, petit-fils de Robert II. La tante et le neveu se détestaient donc cordialement mais ils durent se tenir cois aussi longtemps que vécu Philippe Le Bel, ‘’le Roi de Fer’’. Par contre, son successeur Louis X, indécis, influençable et velléitaire, ne montra pas la même autorité et rendit un jugement désavouant la comtesse, qui ne lui pardonna pas : elle s’arrangea pour le faire empoisonner. Comme la reine Clémence attendait un enfant, la succession ne pourrait se décider qu’après sa venue à terme ; on désigna donc pour régent le frère du feu Roi, Philippe de Poitiers, second dans l’ordre de succession… et gendre de Mahaut !

Le moment venu, la reine accoucha d’un garçon, ce qui ruinait les projets de la comtesse. Son gendre était régent, certes, mais s’il pouvait gouverner le royaume, il n’avait pas le pouvoir d’abolir les lois et jugements établis avant lui. Mahaut n’allait pas patienter quinze ans, attendre la majorité du nouveau Roi, pour faire casser le jugement de Louis X. vivrait-elle seulement jusque-là ? Son choix fut vite fait : comme elle avait empoisonné le père, elle empoisonnerait le fils, ce qui lui serait d’autant plus facile qu’elle avait été choisie comme marraine et que, à ce titre, elle tiendrait le nouveau-né dans ses bras. Son projet criminel fut toutefois déjoué par un couple tout dévoué à la couronne : le comte et la comtesse de Bouville, chargés de veiller sur la reine tout le temps de sa grossesse et de procurer une nourrice au bébé. Soupçonnant la comtesse Mahaut du pire, ils décidèrent, lors de la présentation du petit Roi au peuple, de lui substituer le fils de la nourrice. C’est donc celui-ci qui expira, soudainement atteint de convulsions pendant la cérémonie – et non le jeune Roi -, à l’insu de tout le monde, sinon les de Bouville et, bien sûr, de la nourrice, Marie de Carsix [2].

Ainsi donc le Roi Jean était sauvé, mais comment le faire savoir ? Comment accuser la comtesse d’Artois – pair de France – d’être une empoisonneuse, devant celui qui pourrait la condamner, c’est-à-dire son gendre lequel, ce faisant, devrait renoncer à la couronne ? Ayant agi selon leur conscience, et bien agi, le comte et la comtesse de Bouville se trouvaient cependant pris à leur propre piège : incapables de faire éclater la vérité car nul ne les croirait ; de plus, ils pouvaient aussi s’attendre à mourir sous peu dans des circonstances que personne n’éluciderait jamais. Bien conscients de tout cela, ils écoutèrent la voix de la sagesse : ils se turent et imposèrent le même silence à la malheureuse nourrice qui, ravagée de chagrin, prostrée, détruite à tout jamais, promit et fit serment de tout ce qu’on lui demanda. Elle s’enferma dans un couvent de Clarisses, jusqu’à la mort, refusant de parler à quiconque, même pas au père de son enfant – qu’elle refusait même de voir, pour des raisons que nous comprenons aisément.

Incapable de comprendre cet étrange comportement, le père, prit l’enfant, qu’il croyait de bonne foi être son fils, et il l’emmena dans sa ville natale, Sienne. De Jean, comme il s’appelait en France, le garçon devint Giannino.
Tel fut le récit de Fra Bartolomeo.

Le démenti de Giannino Baglioni

On peut s’étonner du crédit accordé à pareil roman, mais il faut compter avec le besoin de merveilleux, tellement intense au cœur de l’homme, surtout dans le petit peuple. C’est probablement dans le but d’exciter cet intérêt que Giannino Baglioni commença par tout démentir, jusqu’à ce que le dominicain annonce l’existence du testament de Marie de Carsix, authentifiant le tout. Giannino, modestement, reconnut alors être le véritable héritier du trône de France, alors occupé indûment par un membre de la famille de Valois : Jean II.

Effectivement, le tableau généalogique montre clairement que, de tous les tenants ou prétendants au trône de France, Jean le Posthume occupe la première place dans la ligne de succession.

Giannino Baglioni s’insère dans la seule faille de la royauté française : la légitimité inférieure des Valois par rapport aux Capétiens directs. Jean 1er prime indiscutablement Jean II : le petit-fils de Philippe Le Bel devait régner au lieu de son petit-neveu. [3]

Or, que fait un prétendant au trône sinon revendiquer de l’occuper ? C’est donc ce que proposait Giannino, avec le concours du très dévoué fra Bartolomeo, mais une telle entreprise ne peut se conduire sans une importante mise de fonds. Cette perspective semble avoir refroidi l’enthousiasme général car les Siennois s’empressèrent de retourner à leurs occupations, et tout ce que Giannino put obtenir fut une recommandation ‘’à qui de droit’’ du Conseil Communal de Sienne.

Le dominicain se rendit alors à Rome, le 7 avril 1357, afin d’obtenir de l’Assemblée de la ville reconnaissance des droits de son protégé. L’obtint-il ? Rien ne le dit et nous n’en saurons rien car il disparait de l’histoire et nous n’entendrons plus parler de lui.
Giannino Baglioni ne doute plus qu’il soit appelé à jouer un rôle décisif dans l’histoire de la France, - de ‘’son royaume’’ -. Commence alors une période d’errance où Baglioni, alias Jean Le posthume, va tenter de convaincre tous ceux qui croisent sa route de ses origines et de sa véritable identité. En Italie, en Hongrie, en Provence. Beaucoup lui prêtent une oreille favorable, se montrent même prêts à lui apporter un soutien. Giannino sait se montrer convaincant. Jamais il ne semble douter de lui, même lorsque son interlocuteur ne croit pas un mot de ce qu’il dit et le manipule à son insu. La plupart du temps cependant, Badiglioni ne repart qu’avec des promesses, quelques lettres, rien de plus. [4]

Son principal souci était évidemment de faire reconnaître l’authenticité de ses prétentions ; en bon marchand, il attachait une importance primordiale à l’écrit ; aussi, toute sa vie, accumulera-t-il témoignages, chartes et sauf-conduits. L’argent – indispensable – viendrait en temps voulu.
Du moins, l’espère-t-il.

Il quitte Sienne pour se rendre en Hongrie. Étonnant détour pour reprendre la couronne de France, que nous expliquerons bientôt mais, en route pour Buda
 [5],Giannino s’arrête à Venise où il fait la connaissance d’un juif nommé Daniel.
Daniel était un personnage pittoresque, natif de Buda, versé dans toutes les langues, connaisseur en perles et pierres précieuses. Expulsé comme tous ses coreligionnaires par Louis de Hongrie, il aurait fréquenté les cours royales tartares et turque, trafiquant joyaux, or et draps de soie. [6]

Rencontre providentielle s’en en fut jamais car Daniel promet sans hésiter de verser au prétendant d’énormes quantités d’argent moyennant la promesse que, lorsqu’il sera Roi, il fera cesser les persécutions des Juifs en France et qu’il accueillera trois cent mille familles juives d’Allemagne, d’Autriche et de Carinthie [7] . Giannino se fit un plaisir de prendre cet engagement, comme on s’en doute, et d’ailleurs, dès le lendemain et dans les jours qui suivent, il s’entretint avec d’autres marchands juifs.
Plus tard, arrivé à Buda, il retrouva Daniel qui lui dira avoir informé les rois des Tartares et des Turcs, le Calife des Sarrasins et le Sultan de Babylone de la véridique existence de Jean 1er Le Posthume. Plus intéressant, parce que plus concret, il lui remet la coquette somme de cinquante mille florins collectée auprès des juifs d’Allemagne et d’Europe centrale.

Les deux hommes se séparent, contents l’un de l’autre ; ils ne se reverront jamais.
Ceci ressemble à un conte de fée, que nous ne pouvons accepter comme tel quel. On ne sait trop pour compte de qui agissait Daniel ; sûrement pas pour le roi des Turcs ou celui des Tartares et moins encore pour le Sultan de Babylone. Certains pensent au roi d’Angleterre mais on voit mal la raison puisqu’il serait plutôt concurrent de Giannino à la couronne de France . Bref, le mystère reste entier. Quant à Giannino, il dispose enfin d’un capital point du tout négligeable ; qu’en a-t-il fait ?
… somme qui lui aurait notamment permis de payer des robes, des bijoux, la confection d’armes et d’une couronne royale, ainsi que des mercenaires provençaux. [8]

Ce n’était certes pas le meilleur usage qu’il eût pu en faire, et quant aux mercenaires, il est trop tôt pour en parler.
Arrivé à Buda le 3 décembre 1357, Giannino est reçu par le Roi Louis le Grand auquel il se déclare le fils légitime de Louis X et de Clémence de Hongrie, feux sa tante [9] il produit quantité de preuves écrites et de recommandations, notamment de la part d’un étrange personnage auquel nous devrons nous intéresser bientôt : Cola Di Rienzo, décédé trois ans auparavant. Il sollicite de son ‘’cousin’’ les fonds, les troupes et les recommandations nécessaires à la conquête de son trône.

Au premier abord, son histoire ne souleva pas grand enthousiasme. Il faut dire que, auparavant, le roi de Hongrie avait dû se débarrasser d’un imposteur, un cordonnier de Bohême qui prétendait être son frère André, réputé assassiné en Sicile. Giannino n’arrivait pas au bon moment : le Roi Louis se méfiait ; mais il faut croire que le Siennois parvint finalement à convaincre son interlocuteur car celui-ci décida de faire procéder à une enquête sur place : à Paris.

La fougue de Giannino et la perspective de pouvoir l’utiliser politiquement achèvent de décider Louis. Susciter et soutenir un opposant au Roi de France n’est pas pour lui déplaire. Lorsqu’il a envahi Naples pour en chasser celle qu’il rendait responsable de la mort de son frère, Philippe VI de Valois, n’a-t-il pas pris fait et cause pour la reine Jeanne ? [10]
Se faire passer pour un autre n’est guère malaisé à cette époque, surtout si l’on a disparu depuis longtemps. Les vérifications sont quasiment impossibles, les critères de ressemblance sont fragiles, les témoignages peu fiables. [11]
Qui menèrent cette investigation ? On l’ignore. Quels témoins rencontrèrent-ils ? On ne le sait.

Toujours est-il que le rapport des émissaires du Roi lui donna pleine et entière satisfaction, car il rédigea aussitôt une lettre circulaire confirmant en tous points les dires de Giannino. Qu’on en juge :
« Messire Jean Guccio de la cité de Sienne, gentilhomme issu de la souche royale, fils du sérénissime prince Louis, Roi de France, et de la reine Clémence, dont les mémoires soient bénies, s’étant rendu dans notre royaume de Hongrie et s’étant présenté devant nous, nous a prouvé par un grand nombre d’instruments authentiques que la couronne de France lui était due en droit.
« Ces instruments nous ont appris que noble dame la comtesse d’Artois, désirant ouvrir le chemin du trône à son gendre, messire Philippe, oncle dudit Jean, machina la mort dudit Jean peu de jours après sa naissance. La divine Providence, par le moyen de la nourrice et grâce à une substitution d’enfant qui rappelle la fuite de la Vierge en Egypte, sauva la vie de ce prince tandis qu’un autre était tué à sa place.
« Des seigneurs et des dames que notre père, le Roi Charles, avait envoyés, après la mort dudit Louis, Roi de France, pour faire visite à la Reine Clémence, sa sœur, et qui virent cet enfant, nous ont porté témoignage de tous ces événements et ont reconnu ce prince en la personne dudit Jean, déclarant que c’était à lui que le royaume de France aurait dû revenir, qu’il avait été l’objet d’une substitution et qu’on l’avait ensuite emmené en Toscane, et précisément à Sienne.
« Pour comble de certitude, nous avons envoyé secrètement en France, pendant que ledit Jean était dans notre royaume, des émissaires prudents et au discernement sûr qui, revenus en notre présence, nous ont rapporté et affirmé que toutes les assertions dudit Jean correspondaient à la réalité.
« C’est pourquoi nous recommandons, du plus profond du cœur, à votre amitié ledit Jean et toutes ses entreprises [12]. »
Cette circulaire fut adressée à tous les personnages de haut rang que Giannino serait amené à rencontrer dans ses démarches ; plusieurs exemplaires sans suscription sont remis au Siennois, à charge pour lui de les remettre aux personnages influents auxquels le roi n’aurais pas pensé. Mieux : Giannino reçoit un sceau personnel du roi, lui permettant, en cas de besoin, d’authentifier toutes les lettres confirmant son identité et ses origines, qu’il pourrait rédiger pour faire avancer ses affaires.
Autre conte de fée ? Autre miracle ? On peut en douter :
C’était abonder trop complaisamment dans le sens des déclarations de Giannino, et aussi des désirs du Roi. [13]

Il n’empêche. L’enquête diligentée par le roi de Hongrie a éveillé l’attention de la cour de France. Au début de l’année 1359, le régent de France, - le futur Charles V -, et son frère le comte de Poitiers expédient une ambassade à Buda. Est-ce pour parler des prétentions de celui qui affirme être Jean 1er Le Posthume ? On l’ignore, mais il est certain que le sujet était trop brûlant pour ne pas être évoqué. [14]

Quels étaient donc les désirs du roi hongrois et en quoi les prétentions de Giannino auraient-elles pu aider à les satisfaire ? Apparemment il ne s’agissait que de susciter des ennuis à la couronne de France en représailles d’une ancienne contrariété, bien faible motif, disons-le, qui explique probablement la modicité de l’aide accordée au prétendant : quelques lettres et un sceau !

Giannino soupçonnait-il le peu de sérieux qu’il représentait lorsque, fin juillet ou début août 1359, il quitte Buda pour rentrer à Sienne ? Apparemment non car, il poursuit imperturbablement ses démarches, cette fois en direction de Naples.
De Buda, il rentre à Sienne et fait circuler ses lettres de recommandation. Il envisage de se cacher à Naples pour y conférer avec le Roi Louis – comme il l’a fait avec Louis de Hongrie – mais le grand sénéchal de Pouilles, Niccola Acciaivoli, à qui il a adressé un exemplaire de la circulaire du roi de Hongrie, l’en dissuade mais lui recommande d’en parler au pape avant d’entreprendre tout autre démarche. [15]
Le 31 mars, Giannino quitte Sienne pour arriver à Avignon le 21 avril, espérant bien convaincre le Saint Père de son bon droit. Espoir déçu car Innocent VI refuse de le recevoir.

Se découvre alors un nouveau protecteur, tout aussi éphémère que les précédents : Pierre de la Courtneuve, ancien serviteur de Charles Le Mauvais et ancien compagnon du prévôt des marchands de Paris, Etienne Marcel. Dans quelles circonstances firent-ils connaissance, nous n’en savons rien, mais La Courtneuve gagne sans peine la confiance de Giannino qui en fait son confident et son secrétaire. Quel intérêt commun les liait-il ? Nous n’en savons rien, sinon qu’un plan existait pour déclencher une offensive vers le Bas Languedoc au départ de la Provence et que, sans doute, il importait de se ranger sous la bannière de quelqu’un de particulièrement important pour en assurer le succès. Qui trouver de mieux qu’un ‘’vrai Roi de France’’.
La Courtneuve se faisait fort de trouver rapidement des hommes prêts à défendre la cause de ‘’Le Giannino’’.

Effectivement, un capitaine de routiers [16] , Jean de Vernay – dit, l’Anglois – répondit aussitôt à l’appel, arrivant du Piémont où son passage n’avait guère laissé de bons souvenirs. Il n’avait pas perdu ses habitudes en Provence où, échappant à l’autorité de Giannino, sa troupe de mercenaires ravage le pays, s’attaque à plusieurs localités du diocèse d’Uzès en décembre 1360, Pont-Saint-Esprit ensuite, progressant en direction d’Avignon, le tout ‘’au nom du roi Giannino’’… mais pour leur propre compte.
Notre prétendant se voit doublement dupé car, affectant de servir ses intérêts en prenant contact avec les mécontents de France, dans le même temps Pierre de la Courtneuve le dénonçait au cardinal de Périgord. Curieux comportement que rien ne nous explique.

Ce retour de fortune inattendu oblige Giannino à se réfugier au château de Saint Estève [17] auprès de Raymond de Montauban lequel s’efforce d’intéresser un maximum de seigneurs provençaux à la cause de son protégé. Vains efforts car le pape Innocent VI, bien décidé à mettre aux déprédations des routiers, a chargé le sénéchal de Provence Matteo dé Gesualdo de les mettre à la raison, ce dont il s’acquitte brillament, couronnant son opération de nettoyage avec la capture de Giannino le 7 janvier 1361, à Saint-Estève, où il ne semble pas avoir été défendu avec beaucoup d’énergie.

D’abord incarcéré à Aix, il est transféré à Marseille d’où il s’évade pour, malheureusement, se faire reprendre rapidement par le viguier [18] de Marseille, Giovanni de Caramanico, qui avait mis sa tête à prix pour la bagatelle de cinquante florins.
Le viguier le traite de faux monnayeur. Avec une bande de coquins, il le soumet à des lazzi [19] insupportables qui échauffent les marseillais au point de les inciter à vouloir faire périr le malheureux sur le bûcher ou dans l’eau bouillante. Des poèmes et des chansons sont composés pour le railler. On le baptise ‘’Jeanne reine de France’’, comme s’il s’agissait d’une catin. Les mauvais traitements se succèdent (coups, empoisonnement, nourriture infecte et malodorante, …) face auxquels l’intéressé fait bonne figure, conscient de la dimension de martyre que revêtent ces instants. Le souvenir du Christ aux outrages n’est peut-être pas loin.G [20]

De Marseille, il est expédié à Naples où il arrive en guenilles, rongé par les poux, dans un état tellement pitoyable que le Roi Louis de Naples s’en émeut, le fait soigner, rhabiller, réconforter… avant de le renvoyer en prison.
C’est là qu’il mourut l’année suivante, âgé de 52 ans, dans l’indifférence générale sauf que, quelques semaines avant son décès, il reçut la visite d’un ambassadeur français du nom – italiénisé – de Gian di Castiglioni qui s’entretient longuement avec lui, probablement pour entendre et vérifier son histoire.
Dans sa geôle de la Vicaria, Giannino a noirci un certain nombre de feuillets autobiographiques, source d’une Istoria del Re Giannino di Francia, contenant des passages écrits à la première personne, engendrant un effet de réel, de grande sincérité. Il en a été fait trois rédactions différentes. La première nous est donnée par Tomaso Agazzari, exécuteur de la gabelle en 1415, auteur de plusieurs pièces de vers et d’un traité d’arithmétique commerciale, mais aussi descendant de la seconde épouse de Giannino et donc naturellement enclin à exalter sa famille.
La part d’invention qui lui revient est incommensurable, de sorte que l’image offerte de la royauté est peut-être marquée de la paternité d’un naïf et d’un poète. [21]

Le second copiste, Nicolo Piccolomini, né en 1396, a été agrégé au Sénat Romain pour services rendus au pape Pie II [22] – auquel il était apparenté – il n’a donc pu échapper à l’influence de la Curie Romaine, franchement défavorable à Giannino.
Trois rédacteurs, trois influences différentes : l’Istoria del Re Giannino ne doit donc pas être prise pour argent comptant. Quoique ce compte-rendu suinte de bizarreries romanesques – pour ne pas dire oniriques – la confirmation de détails cruciaux fait par E. Leonard sur des documents vénitiens, pontificaux, hongrois et napolitains détruit la théorie du faux intégral.
Il n’y a donc plus lieu de remettre en cause son historicité ou, tout au moins, une forme vécue et subjective d’historicité. [23]

Cola di Rienzo

Ce texte nous fait découvrir la présence d’un personnage qui nous a échappé jusqu’ici : Cola di Rienzo.

Qui était-il ?

Né en 1313, fils d’un aubergiste et d’une lavandière, il se prétendra toujours le fruit des amours illégitimes de sa mère avec l’empereur Henri VII. Il compense ses modestes origines par une intelligence hors pair et un appétit de savoir jamais rassasié ; il connait en détail l’histoire de Rome, sa ville, il a lu Tite Live, Cicéron, Sénèque,… Sur Rome, il sait à peu près tout ce qu’on peut savoir à son époque et son idéal était de lui rendre la grandeur qu’elle connut dans l’antiquité mais dans un esprit démocratique qui remplacerait la domination de l’aristocratie romaine. En 1342, il se rend en Avignon pour demander à Clément VI de rentrer à Rome et y reprendre le pouvoir. C’est le souhait du pape, mais il n’est pas disposé à se mettre la noblesse à dos. Il éconduit donc poliment Rienzo avec la promesse d’une année jubilaire en 1350.

Cola rentre à Rome. Excellent orateur, doué d’un charisme exceptionnel qui séduisit Pétrarque lui-même, en 1347 il provoqua un soulèvement du peuple, notamment une assemblée populaire qui donnera un nouveau gouvernement à Rome élevée au rang de ‘’capitale universelle et siège suprême de la foi romaine’’ – en dépit de ce que la papauté siégeait toujours à Avignon – dans la foulée, il se fit proclamer tribun du peuple avec des pouvoirs dictatoriaux, obligeant les nobles jadis au pouvoir à quitter la ville. Son ambition et son fanatisme inspirèrent au pape plus de répulsion que de sympathie et l’engagèrent à renouer avec le patriciat.

Son gouvernement tyrannique fit long feu ; les forces réunies de patriciens romains, avec l’appui de la papauté, le renversent à l’automne1347 et le forcent à quitter l’Italie et à se réfugier à Prague où le Roi Charles IV le fit jeter en prison, puis le livra à son ennemi, le pape Clement VI, qui le réclamait pour l’incarcérer à Avignon. Son successeur, Innocent VI, finit par lui rendre la liberté et à l’autoriser à regagner Rome où il fit une entrée triomphante le 1er août 1354, se faisant donner le titre de sénateur. Rapidement, le naturel reprenant le dessus, il revint à ses habitudes tyranniques, dépossédant les familles patriciennes pour se procurer l’argent qui lui était nécessaire.
Très vite après son retour à Rome en 1354, Rienzo est à nouveau contesté et en passe d’être chassé du pouvoir. C’est alors que va germer dans son esprit un plan dont on a peine à comprendre aujourd’hui encore, l’exacte finalité. [24]

Le 18 septembre 1354, ce turbulent personnage écrit à Giannino Baglioni, à Sienne, l’invitant à venir le rencontrer à Rome, car il avait des choses extrêmement importantes à lui dire. La rencontre à lieu le 2 octobre ; Cola reçoit le Siennois non seulement avec respect : avec déférence (il va jusqu’à lui baiser les pieds !) et il lui révèle le secret de ses origines.
D’où le tenait-il ?
D’un moine nommé Jordan arrivé de France avec une copie du testament de Marie de Carsix, dont il fut le confesseur, révélant le drame dont elle avait été la victime. Cola di Rienzo n’avait, bien entendu, pas manqué de vérifier soigneusement la validité de ces informations et il en garantissait l’authenticité. De vastes perspectives s’ouvraient ainsi au marchand toscan : tous les princes de la chrétienté seraient prévenus de la chose et Jean 1er, restauré dans ses titres, régnerait sur le royaume de France.

Deux jours plus tard, 4 octobre, Cola remettait au nouveau monarque neuf lettres revêtues de son sceau, contenant copie du testament, attestation du confesseur, aveux de Marie de Carsix, etc. …, autant de documents devant lui permettre d’établir sa légitimité auxquels il ajoutait, de sa main, certification de l’origine de tout.
Ceci nous apprend un point extrêmement important : Giannino ignorait tout de ses origines avant l’intervention de Rienzo ; même son père Guccio ne lui en avait jamais soufflé mot – ce qui s’explique aisément d’après le récit que nous a livré fra Bartomeo Mino. Quelle peut être sa réaction en recevant, sans y être aucunement préparé, une révélation aussi inouïe ? Nous l’imaginons volontiers, franchement incrédule au premier abord, abasourdi de ce qu’on lui annonce, croyant même à une plaisanterie douteuse puis, progressivement, touché par la conviction persuasive de son interlocuteur, gagné d’une joie délirante, indescriptible, comparable à celle ressentie par celuid’entre nous qui viendrait à gagner dix millions au Lotto. Une joie peut-être accentuée par un élément que nous n’avons pas encore envisagé :
Un jour incertain de son adolescence, Giannino avait dû être confronté à son statut de bâtard et il avait rêvé dès lors au lointain pays de sa naissance, aux fastes de la cour de France où une mère oubliée l’avait enfanté (…) Le sujet cherchait l’apaisement et l’équilibre dans son rêve ; il y trouvait la survalorisation narcissique dont le traumatisme l’avait si cruellement privé. Il échappait au mépris de lui-même, à la désintégration de sa personnalité initiale ; il accédait à une esquisse de guérison.[Y.M. Berce : Le roi caché, Sauveurs et imposteurs. Mythes politiques populaires dans l’Europe Moderne. P. 344.]]

Cet état d’esprit, qui reste néanmoins rien de plus qu’une hypothèse, pourrait aider à expliquer sa crédulité. On constate en effet, qu’il se montre d’une candeur pour le moins surprenante : on le lui dit, donc c’est vrai. Dans doute y a-t-il des papiers qui l’attestent : les neuf lettres remises par Cola di Rienzo. Que valent ces papiers ? il ne s’inquiète pas de les vérifier, puisqu’on la fait pour lui.
… toutes pièces fabriquées par Rienzo lui-même… [25]

Le doute est permis, en effet.
Que la révélation vienne après quarante années s’explique sans peine : il a fallu attendre le décès de Marie de Carsix – ce qui a aussi donné le temps de mourir à tous les autres témoins ou acteurs possibles : le comte et la comtesse de Bouville, la reine Clémence, la comtesse Mahaut, Guccio Baglioni, etc. – par contre, pourquoi son confesseur, le moine Jordan, a-t-il porté l’information à Cola di Rienzo, à Rome, plutôt qu’au principal intéressé, à Sienne, qui se trouvait sur son itinéraire ? Et quel intérêt le tribun avait-il à relayer l’information à Giannino ? Il aurait tout aussi bien pu la conserver pour lui, ou envoyer Jordan à Sienne. Enfin, comment Rienzo a-t-il pu ‘’vérifier soigneusement…’’ l’information qu’on lui délivrait ? Nous nous sommes déjà intéressés à ce propos à l’occasion de l’investigation commandée par le roi Louis de Hongrie et avons cru comprendre que les conclusions étaient, en quelque sorte, arrêtées d’avance. En serait-il de même pour Cola di Rienzo ? Ne laisserait-il pas ‘’passer le bout de l’oreille’’ lorsqu’il mentionne, dans l’une des chartes remises à Giannino, avoir eu vent de la rumeur attachée à la mort subite du petit Jean 1er lorsqu’il séjournait – en prison – en Avignon.

Retenons le mot ‘’rumeur’’, parfaitement adapté au cas présent. Nous pouvons tenir pour assuré que les décès successifs de Louis X et de son fils, survenus avec brutalité dans l’espace de seulement six mois, n’ont pas manqué de faire travailler les imaginations, et il serait étonnant qu’une telle rumeur – on voyait le poison ou la sorcellerie partout ! – ne soit pas parvenue à Avignon, ‘’les yeux et les oreilles du monde chrétien’’.

Mais nous découvrons aussi une curieuse proximité de dates : Rienzo est libéré de sa prison avignonnaise fin juillet, entre à Rome le 1er août et écrit à Giannino le 12 septembre : seulement six semaines entre la possibilité d’informer et la décision de le faire. Or, c’est dans ce créneau particulièrement étroit que, providentiellement, le moine Jordan serait venu confirmer la rumeur. Sachant que Cola di Rienzo était doté d’une vaste culture littéraire où abondaient les récits de substitutions d’enfants comme de réapparitions soudaines de personnages que l’on croyait morts depuis longtemps, qui oserait jurer que le scénario ne soit pas sorti tout entier et ‘’bien ficelé’’ de l’imagination fertile d’un tribun talentueux auquel le grand Pétrarque lui-même vouait une admiration sans bornes ?

Deux questions restent toutefois sans réponse.
D’abord comment, en aussi peu de temps, Rienzo a-t-il pu localiser quelque part en Italie quelqu’un dont la naissance s’adapte à la légende : quadragénaire, né en France de mère inconnue, père décédé, etc. ?
Ensuite, sur le thème ‘’à qui profite le crime ?’’, quelles raisons purent le pousser à mettre pareil scénario en place ? Le seul indice, encore qu’il paraisse bien mince, réside dans la volonté de ramener la papauté à Rome ce que, depuis Philippe Le Bel, les rois de France refusaient obstinément : le Capétien ‘’ressuscité’’ serait sans doute plus accommodant.

Toujours est-il que, aussitôt après avoir convaincu Giannino de son destin – et sans grand mal – Rienzo l’envoie en ambassade auprès du cardinal légat Albornoz afin d’obtenir l’envoie d’une armée qui le protégerait des complots qui se trament contre lui. La confiance de Giannino en son bienfaiteur est telle qu’il se lance aussitôt dans une démarche à laquelle rien ne le préparait. Or, presque simultanément, le 7 octobre, Rienzo se ravise et lui recommande la prudence car il pourrait pâtir de leur amitié, la situation à Rome se faisant de plus en plus menaçante.

Il ne croyait pas si bien dire : le lendemain 8 octobre, il est pris dans une émeute dirigée par les familles patriciennes, assassiné, décapité, pendu par les pieds au balcon du palais Colonna puis brûlé et ses cendres jetées dans le Tibre.
Giannino en tira la leçon : il rentra à Sienne et se réfugia dans un anonymat total dont il ne sortira que deux ans plus tard avec la complicité de son confesseur dominicain, ainsi que nous l’avons vu.

Pourquoi ce délai ?
Peu avant de mourir, Cola di Rienzo lui a assuré qu’un signe du ciel interviendrait pour lui faire comprendre que le temps de sa mission avait commencé. La terrible défaite de Poitiers en 1656 et la capture du Roi Jean II Le Bon vont être ces signes attendus. [26]
Nous connaissons la suite.
C’est donc par cette rencontre avec Cola di Rienzo que commence la vie aventureuse de Giannino Baglioni, alias Jean 1er de France, le Posthume. Faute de cela, il serait resté dans son échoppe à vendre des draps pour nourrir sa famille et nul n’aurait jamais entendu parler de lui.

Triste histoire que celle de cet imposteur fabriqué malgré lui, dupé par tous ceux à qui il se confia, se le renvoyant l’un à l’autre d’Italie en Hongrie, de Hongrie à Naples, puis en Avignon et de nouveau à Naples, balloté de ci de là, payé de belles paroles et de mauvais parchemins, et abandonné cyniquement dès que l’intérêt faiblit. Pauvre Pierrot lunaire cherchant avec une constance jamais démentie à faire reconnaître d’illusoires origines à la réalité desquelles il est bien le seul à croire. Le tout pour terminer misérablement sa courte vie à l’ombre d’une prison napolitaine tandis que la chaude terre de Sienne se dorait au soleil.

Chronologie

1311 - Paris : faillite de la banque Tolomei
1316, 4 juin - Paris : Décès du roi Louis X
14 novembre Paris : naissance de Jean 1er
19 novembre Paris : décès de Jean 1er
1325 - Sienne : Guccio Baglioni rentre au pays avec son fils Giannino, âgé de neuf ans.
1328, 13 octobre - Paris : décès de la reine Clémence
1342 - Avignon : Cola di Rienzo incite le pape Clement VI à rentrer à Rome
1343 - Avignon : Cola di Rienzo rencontre Petrarque ; ils se lient d’amitié.
1345 - Naples : assassinat d’André de Hongrie, époux de la reine Jeanne
1356, 19 septembre - France : bataille de Poitiers ; défaite française ; le roi Jean II est capturé par le prince de Galles.
- Sienne : Gainnino Baglioni révèle être Jean 1er Le Posthume et revendique la couronne de France.
1357, 7 avril - Rome : fra Bartolomeo Mino sollicite la reconnaissance officielle des droits de Giannino Baglioni
- Venise : Giannino rencontre le juif Daniel
3 décembre - Buda : Giannino est reçu par le roi Louis de Hongrie
1358 - Buda : Giannino retrouve le juif Daniel qui lui remet 50.000 florins
Buda – Paris : Louis de Hongrie délègue une ambassade à Paris pour vérifier les dires de Giannino.
1359 - Paris – Buda : Charles, régent de France durant la captivité de son père Jean II, envoie une ambassade à Louis de Hongrie.
Août - Buda : Giannino repart en direction de Sienne.
- Sienne : démarche infructueuse de Giannino pour être reçu par le roi de Naples.
22 octobre - Sienne : le conseil de la Commune examine la lettre de recommandation du roi de Hongrie en faveur de Giannino.
1360, 31 mars - Sienne : Giannino part à destination d’Avignon.
21 avril - Avignon : Giannino demande – vainement - à être reçu par Innocent VI.
Provence : Giannino rencontre Pierre de la Courtneuve
Provence : recrutement de routiers commandés par Jean de Vernay
Provence : trahison de Pierre de la Courtneuve
Provence : Giannino se réfugie chez Raymond de Montauban, à saint-Estève.
1361, 7 janvier - Provence : capture de Giannino à Saint-Estève, il est incarcéré à Aix.
Septembre - Provence : Giannino est transféré à la prison de Marseille
1362 Février - Naples : Giannino est livré au roi Louis de Naples, qui le met en prison.
1363 - Décès de Giannino en prison, il a 52 ans.

Giannino Baglioni

Fils de Guccio Baglioni et de Marie de Carsix qui, en raison de la différence de statut social qui les séparait, n’ont presque certainement pu contracter de mariage religieux. Giannino était donc indiscutablement un bâtard, mais est-il besoin de rappeler combien la batardise était alors banale et peu traumatisante pour les intéressés – quand elle n’était pas franchement valorisante. Abandonné à sa naissance par sa mère, il fut élevé par son père qui le ramena à Sienne avec lui lorsqu’il avait neuf ans. Devenu adulte, il fit carrière dans le commerce du fer et de la laine, puis dans celui des pierres précieuses et des perles. Il fut aussi un administrateur des hôpitaux de la ville de Sienne en qualité de camerlingue du pape. C’était un homme effacé et sans histoire… jusqu’à ce qu’il rencontre Cola di Rienzo.

Guccio Baglioni

C’était un ‘’Lombard’’, autrement dit un Italien faisant commerce de produits divers – tissus, armes, épices, bijoux, pierres fines, perles… – importés principalement d’Italie, mais également d’argent par le change de monnaies et le prêt à intérêt. Originaire de Sienne, il était selon toute vraisemblance venu à Paris pour se perfectionner dans la technique du négoce au sein d’un comptoir tenu par des compatriotes, peut-être par la famille Tolomei, à laquelle il est dit appartenir – quoique cette maison ait fait faillite en 1311 alors que Guccio était encore à Sienne. Durant son séjours en France, il s’éprit d’une jeune fille de petite noblesse qu’il n’épousa pas, bien qu’un garçon naquit de leurs amours. Il regagna sa ville natale en 1325, emmenant avec lui son fils Giannino, alors âgé de neuf ans. On ne sait rien d’autre à son sujet.

Marie de Carsix

Elle était fille d’un seigneur de Carsix , de petite noblesse. Elle s’éprit d’un jeune et séduisant Italien du nom de Guccio Baglioni dans des circonstances dont nous ignorons tout mais qui pourraient être liées à un recouvrement de dettes : Baglioni était un ‘’Lombard’’, donc pratiquant le prêt à intérêt et les châtelains de Carsix étaient ruinés par les guerres, les mauvaises récoltes et les tailles. L’amour des deux jeunes gens était cependant sans espoir car, en dépit de leur indigence, les châtelains ne pouvaient tolérer que leur fille se mésallie avec un roturier, étranger de surcroît. Nous imaginons leur colère lorsqu’ils découvrirent qu’elle était enceinte des œuvres de son amant : Marie fut aussitôt enfermée dans un couvent pour y cacher son péché, et jusqu’à la fin de ses jours. Lorsqu’elle eut donné naissance à un garçon, elle n’eut d’autre choix que de l’abandonner au père.


[1Bataille dite ‘’Des éperons d’or’’

[2Carsix est une bourgade du département de l’Eure en Haute-Normandie de l’arrondissement de Bernay.

[3G. Lecuppre : L’imposture politique au moyen-Âge, p. 257.

[4E. Le Nabour : Les Rois maudits, l’enquête historique, p. 230.

[5L’ancienne ville de Buda forme avec l’ancienne ville de Pest la ville actuelle de Budapest.

[6G. Lecuppre : L’imposture politique au Moyen-Âge, p. 176.

[7La Carinthie est une grande province au sud de l’Aurtriche.

[8E. Le Nabour : Les rois maudits, l’enquête historique, p. 236.

[9Décédée en 1328.

[10E. Le Nabour : Les rois maudits – l’Enquête historique, p. 230.

[11E. Le Nabour : Les rois maudits – l’Enquête historique, p. 224.

[12On trouve le texte de cette circulaire dans : ‘’Délibération du Conseil de Sienne’’ du 22 octobre 1359 in ‘’Magyar diplomacziai emlekele az Anjou-Korbal (Monumenta Hungaria historica ; acta extera, t. II – Budapest 1875 – p. 528-531) – Nous reproduisons ici la version donnée par E. Le Nabour, op. cit. p. 231.

[13E.G. Léonard : Louis 1er de Hongrie, protecteur du ‘’Giannino’’
in : Revue des études Hongroises, 1928, p. 383.

[14E. Le Nabour : Les rois maudits, l’enquête historique. P. 232.

[15E. Le Nabour, Les rois maudits, l’enquête historique, p. 232.

[16Les routiers étaient au Moyen-Âge, des troupes de mercenaires, voire des bandes de pillards ex-mercenaires , ceux-ci étaient également dénommés : les’’ Tard-Venus’’, à la solde de qui voulait en faire usage ; sans quoi, ils se subvenaient à eux-mêmes.

[17Une des plus petites communes des Bouches du Rhône, Saint Estève, se situe sur les rives de la Durance un peu au nord d’Aix-en-Provence.

[18Le viguier est un chevalier assistant directement le maire, ces chevaliers sont regroupés en viguerie ; aujourd’hui associations, les vigueries existent toujours et dans le même but.

[19Ce mot, emprunté de l’italien, désigne des mouvements bouffons et des plaisanteries populaires.

[20. Lecuppre : L’imposture politique au Moyen-Âge. P. 240.

[21G. Lecuppre : L’imposture politique au Moyen-Âge, p. 239.

[22Pie II s’appelait en fait Aeneas Sylvio Piccolomini.

[23G. Lecuppre : L’imposture politique au Moyen-Âge, p. 238.

[24E. Le Nabour : Les rois maudits, l’enquête historique, p. 227.

[25E. Le Nabour : Les rois maudits, l’enquête historique, p. 229.

[26E. Le Nabour : Les rois maudits – l’enquête historique, p. 230.

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