L’écriture est la peinture de la voix - Voltaire

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Le loup et l’agneau

de Jean de La Fontaine

dimanche 27 décembre 2015, par Marc Weikmans

La raison du plus fort est toujours la meilleure ; Nous l’allons montrer tout à l’heure.

  • Par Jean de La Fontaine
  • d’Esope
  • de Marie de France

    Par Jean de La fontaine

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    Un Agneau se désaltérait
    Dans le courant d’une onde pure.
    Un Loup survient à jeun qui cherchait aventure,
    Et que la faim en ces lieux attirait.
    Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?
    Dit cet animal plein de rage :
    Tu seras châtié de ta témérité.
    - Sire, répond l’Agneau, que votre Majesté
    Ne se mette pas en colère ;
    Mais plutôt qu’elle considère
    Que je me vas désaltérant
    Dans le courant,
    Plus de vingt pas au-dessous d’Elle,
    Et que par conséquent, en aucune façon,
    Je ne puis troubler sa boisson.
    - Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,
    Et je sais que de moi tu médis l’an passé.
    - Comment l’aurais-je fait si je n’étais pas né ?
    Reprit l’Agneau, je tette encor ma mère.
    - Si ce n’est toi, c’est donc ton frère.
    - Je n’en ai point. - C’est donc quelqu’un des tiens :
    Car vous ne m’épargnez guère,
    Vous, vos bergers, et vos chiens.
    On me l’a dit : il faut que je me venge.
    Là-dessus, au fond des forêts
    Le Loup l’emporte, et puis le mange,
    Sans autre forme de procès.

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    d’Esope

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    Un Loup buvant à la source d’une fontaine. Aperçut un Agneau qui buvait au bas du Ruisseau ; il l’aborda tout en colère. Et lui fit des reproches de ce qu’il avait troublé son eau. L’Agneau, pour s’excuser lui représenta qu’il buvait au-dessous de lui. Et L’Agneau qu’il y avait plus de six mois qu’il tenait de lui de mauvais discours. " Je N’étais pas encore né. Répliqua l’Agneau. Il faut donc. Repartit le Loup. Que ce soit Ton père ou ta mère. " Et sans apporter d’autres raisons. Il se jeta sur l’Agneau et le Dévora. Pour le punir (disait-il) de la mauvaise volonté et de la haine de ses parents.

    Sens : Il est dit par un vieil proverbe : si tu veux battre le chien. Facilement tu trouver un bâton. Si le riche ta volonté de nuire. Facilement il trouvera occasion de Nuire. Assez ha péché qui n’ha peu résister.

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    Et de Marie de France

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    Ci dit del lu e de l’aignel,
    ki beveient a un clincel.
    Li lus en la surse beveit
    e li aignels aval esteit ;
    iriement parla li lus,
    que mut esteit cuntrarïus ;
    par maltalent, parla a lui :
    ’ Tu me fes ’, dist il, ’grant ennui.’
    Li aignel ad respundu :
    ’ Sire, de quei ? ’ - ’ Dun ne veiz tu ?
    Tu m’as cest’ ewe si trublee
    n’en puis beivre ma saülee ;
    arere m’en irai, ceo crei,
    cum jeo vienc ça, murant de sei.’
    Li aignelez dunc li respunt :
    ’Sire, ja bevez vus amunt,
    de vus me vient ceo que ai beü. ’
    ’Quei ! ’, fet li lus, ’maudiz me tu ? ’
    Cil li ad dit : ’ N’en ai voleir. ’
    Li lus respunt : ’ Jeo en sai le veir.
    Cest memes me fist tun pere
    a ceste surse, u od lui ere,
    ore ad sis meis, si curn jeo crei.
    ’ Que retez vus ceo ’, fet il, ’a mei ?
    Ne fu pas nez dunc, si cum jeo quit. ’
    ’ "E ke pur ceo ? ’ li lus ad dit.
    ’Ja me fez tu ore cuntrere
    e chose que ne deussez fere. ’
    Dunc prist li lus l’aignel petit,
    as denz l’estrangle, si l’ocit.
    Issi funt li riche seignur,
    li vescunte e li jugeür
    de ceus qu’il unt en lur justise ;
    faus’ acheisuns par coveitise
    treovent asez pur eus cunfundre :
    suvent les funt a pleit somundre,
    la char lur tolent e la pel,
    si curn li lus fist a l’aignel.

    Ici on parle du loup et de l’agneau,
    qui buvaient à un ruisseau.
    Le loup buvait à la source,
    et l’agneau se trouvait en aval ;
    c’est avec colère que parla le loup,
    qui était fort hargneux :
    il s’adressa à l’agneau avec dépit :
    ’ Tu me contraries fort ’ , dit-il.
    Le petit agneau a répondu :
    ’ Pourquoi, seigneur ? ’ - ’ Ne le vois-tu donc pas ?
    Tu m’as tellement troublé cette eau
    que je ne puis en boire à satiété.
    Je m’en irai d’ici, je crois,
    comme je suis venu, mourant de soif. ’
    Le petit agneau, alors, lui répond :
    ’ Seigneur, voici que vous buvez en amont !
    C’est de vous que vient ce que j’ai bu. ’
    ’ Quoi ! ’, dit le le loup, ’ m’outrages-tu ? ’
    L’autre lui a dit : ’Je n’en ai pas l’intention.’
    Le loup répond : ’Je sais la vérité.
    Ton père a agi à mon égard de la même façon
    à cette source, où j’étais avec lui,
    il y a maintenant six.mois, je crois. ’
    ’ Pourquoi’, dit l’agneau,’ me reprochez-vous cela ?
    Je n’étais pas né alors, je pense. ’
    ’ Mais qu’importe ? ’ dit le loup,
    ’ à présent tu me contredis
    et fais ce que tu ne devrais pas. ’
    Alors, le loup saisit le petit agneau,
    l’étrangle de ses dents et le tue.
    C’est ce que font les puissants seigneurs,
    les vicomtes et les juges
    de ceux qui sont entre les mains de leur justice ;
    la cupidité leur fait bien trouver
    une fausse accusation pour les mener à leur perte ;
    souvent ils les font convoquer devant le tribunal :
    ils leur prennent la chair et la peau,
    c’est ainsi que le loup a agi à l’égard de l’agneau.

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